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mercredi 31 janvier 2024

La petite fumée des Mourres

 La petite fumée des Mourres : une olive, un paysage


À l’origine, La Petite Fumée des Mourres© est une recette classique de Provence : les olives au sel.

Je la tiens de Suzanne Gardiol, grand-mère de ma compagne, qui habitait Peipin, à l’entrée de la vallée du Jabron dans les Basses Alpes : 

Récolter les olives noires, bien mûres, entre décembre et mars selon la rigueur de l’hiver (souvent, les Bas-Alpins préparaient ainsi les olives oubliées sur les arbres).

Dans un récipient étanche, ajouter 10% du poids des olives en sel et remuer tous les jours pour que l'amertume soit éliminée de manière uniforme (le sel remplace l’alcaloïde responsable).

Au bout de 15 jours, rincer puis faire sécher les olives sur un linge au soleil.

Mettre en pot avec de l’huile d’olive (bio c'est toujours mieux).

C’est bon à l’apéro, pendant un repas avec des pâtes fraiches. C’est du confit d’huile d’olive.


Voici la base.


Mais par une belle journée d’hiver, nous sommes au Mourres, à côté de Forcalquier. Les Mourres, c’est un plateau minéral sec, avec des gros champignons de calcaires qui racontent le passé lacustre et sismique du site. 

Le soleil éclaire les Alpes du Sud à l’horizon. On est dehors. En Provence alpine.


Le froid sec et l’absence de vent nous font faire un micro-feu : mes enfants récoltent des brindilles grises de Cade (juniperus oxycedrus, 

Cupressaceae) et alimentent un foyer de 10 cm de diamètre.

Ça flambe, ça s’éteint, ça fume, ils rallument, se crament un peu les doigts ; apprennent le feu.

Ça re-fume et parfume notre pique-nique.

Froid sec, soleil, paysage lointain de montagnes, fumée-odeur de cade : on est bien.


Un gros pot d’olives est ouvert juste à côté. Il reste là, comme ça, tout l’après-midi.


La surprise arrive le soir, quand de retour à la maison, j’en goûte une en préparant le dîner. 

En un instant, je retourne au Mourres, l’odeur du feu et du Cade est là.

Un parfum de fumée au confit d’huile d’olive.


Voilà comment est née La Petite Fumée des Mourres©.

Depuis, il a fallu reproduire l’accident, trouver un moyen de faire fumer l’huile d’olive.

Mais ça, c’est un secret.


Rémi Duthoit

Forcalquier janvier 2024









lundi 13 novembre 2023

Le jardin du ienche

Les autoroutes sont des gardes-manger.

La pie sautille entre deux passages à cent trente pour becqueter un boyau.

Au milieu du noir, des taches grises et rouges finissent en boules sur les bords, ou aplaties au milieu par les pneus.

Le corbeau attend sur la barrière de sécurité.

Il a le temps.


L’A51 descend la Durance depuis les Alpes. À Pertuis, elle sort de son lit pour grimper sur une colline, plonger sur Aix-en-Provence qu'elle contourne pour filer sur Marseille.

Elle est bouchée tous les matins et particulièrement à ce point de bascule.


J’y suis justement.

Et remarque des mottes entassées sur ses bords.

Là où les voitures ne roulent pas, même au pas, les aiguilles des pins du talus s’accumulent, se regroupent en tas et commencent à se décomposer.


À l’arrêt sur l’autoroute, il est possible d’observer ces détails, les fixations techniques et les ajustements qui sont invisibles à centrente. L’humus se construit même là où tout est fait pour que rien ne pousse. Sans doute, les mégots et les particules de pneus ont un effet drainant et l'humidité d’automne permet à des graines de germer.

Ces îlots bruns et vert étirés sur un mètre sont disposés régulièrement. Des petits jardins, petits tas, expression de vie dans ces lieux violents de béton et de bitume.

Oasis acharnées ? Non, rien de spécial en fait. La vie banale des marges, elle n'est pas attendue, mais elle s’en fiche. Un avant-goût de ce qui se passerait dans nos fantasmes de post-apocalypse : la fissuration des routes commencerait par les bords… Ainsi se balade mon regard embrumé du matin, à contempler lentement ces masses hirsutes en ce jour d’octobre dans la belle lumière d’après la pluie. Première, seconde, première... Je suis à l'embouteillage dans l'ennui contemplatif de ces jardins involontaires.


Leur présence immobile (et éphémère car un balai mécanique ne va pas tarder à faire propre) m’attire leur sympathie et je me dis qu’un jour, il faudrait que je fasse quelque chose pour eux. Parler d’eux. De leur composition mêlée de vent de sable, de graines, de pneus, de mégots, de vitesse et de gravité au hasard de la pente et d’un affleurement granuleux qui accroche la première aiguille de pin d’Alep. Elle fait barrage, accumule, composte.


Je les prends en photo, de manière systématique.

Plus tard, je les regarde comme pour en trouver un classement, un indice, la clé de leur histoire.

Et dans une photo floue prise à la va-vite, je le vois.

Au début, je n’en crois pas mes yeux, mais son corps est bien visible. Allongé sous son manteau d’aiguilles et d’herbes vertes, il en constitue l’armature principale sur toute sa longueur. Seules ses pattes et l’extrémité de sa mâchoire dépassent de son nouveau pelage.

Il est devenu un jardin.













mercredi 6 janvier 2021

Paysages fantômes

Réalisées sans trucages ni retouches, ces images prises à travers une vitre sont des prétextes pour parler de paysage.


Ici au Domaine du Rayol, où nous étions en résidence avec Franck Feurté /Les éoliens pour l'installation Birdland
La mer dans la fenêtre de la cuisine de la maison de la plage.
Le chemin qui part de là vers les fougères arborescentes et le gros chêne liège. 
Une fenêtre de liberté qui passe par là.


Forcalquier surgit d'un nuage.
(à suivre) 


jeudi 14 mai 2020

Le jardin du douze à 12 ans

 

Oenothera biennis
Chicorée

Zigène sur scabieuse

l'atelier



Lin et molène en formation
Ophrys pyramidalis
scilla peruviana


scilla yacintoides
serpolet











jeudi 31 octobre 2013

Hedychium coronarium

La première fleur de cette zinzibéracée, dans le jardin du douze.
C'est une tradition Réunionnaise : le premier jour nous faisons le tour de l'étang Saint Paul, par l'ancienne route. Il y a la noria et la source d'eau fraiche pour l'acclimatation, le bar rasta pour la dodo, les noix de coco tombées sur la route qu'on se dit qu'on a eu de la chance; et puis le coin des hedychiums blancs, bord de route humide, et un parfum de jasmin tropicalisé, remplis de sucre et de sève, puissant comme un rhum.
Il y a trois ans j'ai prélevé un rhizome. 
Cet automne, son parfum est un voyage que je dédie aux amis avec qui je partage ces aventures tropicales et créatives. Éric, Cédric, les étudiants. C'est bon de vous retrouver par là. 
Le chemin des parfums dessine le paysage.




jeudi 29 novembre 2012

je sais pas


Cette phrase étrange, je l'ai lu un matin de 1998, perdu à Privas, en Ardèche, sur un trottoir de l'avenue de Chomérac, vers l'angle avec l'ancienne usine Clément Faugier (les marrons glacés sont une variétés de châtaignes).
C'était une période où (et ce message m'à fait m'en rendre compte) j'avais ce tic de langage qui consiste à commencer ou terminer ses phrases par "je sais pas".
J'ai arrêté depuis, non pas que je sache, mais tout de même un peu plus.


Je suis retourné à Privas, sur les pas de ce trajet que j'ai fait, presque quotidiennement pendant deux ans.
j'ai retrouvé la phrase, effacée par le temps et les pas. 

M'était-elle adressée? 
l'expression du sol, lorsque, la tête baissée, on cherche des réponses?
...
à suivre

samedi 3 novembre 2012

vendredi 3 février 2012

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